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Cadavre X
Ce qu'en dit Patricia Cornwell
Dans chacun de mes romans, j'essaie de montrer aux
lecteurs quelque chose d'inédit par rapport au
précédent, une nouvelle technique
médico-légale, par exemple, ou bien un
élément inhabituel découvert par le
docteur Scarpetta au cours d'une autopsie. J'avais toujours
eu envie d'écrire sur Interpol,
que je ne connaissais que de nom. En découvrant que
le quartier général d'Interpol se trouvait
à Lyon, je sus qu'il me faudrait venir en France,
plusieurs fois si nécessaire, afin de rassembler le
plus d'informations possible sur cet organisme de police
international. Beaucoup croient, à tort, qu'Interpol
est une organisation secrète dont le rôle est
de faire respecter la loi, comme la CIA, et d'envoyer sur le
terrain des agents chargés d'enquêter sur
d'importantes affaires criminelles. En
réalité, Interpol, acronyme d'International
Police, ressemble plutôt à une sorte de Nations
unies de la loi. Concrètement, Interpol regroupe 177
pays membres, tous reliés à un gigantesque
ordinateur capable non seulement de suivre à la trace
assassins, terroristes, mafieux, agresseurs sexuels,
contrebandiers, blanchisseurs d'argent, voleurs, kidnappeurs
et j'en passe, mais aussi de recouper des informations
venues du monde entier. Nous vivons à une
époque de grande mobilité. Les individus
dangereux ne restent pas toujours au même endroit. Un
tueur en série peut faire des victimes dans plusieurs
pays, tout comme ces délinquants violents qui
traversent les États en Amérique. Le
rôle d'Interpol est d'arrêter les fugitifs qui
circulent souvent sous plusieurs noms d'emprunts.
J'ai rencontré à Interpol des gens extrêmement ouverts
et coopératifs. J'ai eu droit à plusieurs entretiens et
visites guidées, et suis ressortie convaincue que cet endroit était
le plus étonnant et le plus fascinant qu'il m'ait été
donné de voir. Cette expérience formidable m'a incitée
à faire de la France un élément clé de mon
roman et à utiliser d'autres lieux français, comme l'Institut
médico-légal de Paris. J'eus la surprise de découvrir
que le médecin inspecteur directeur de cet Institut était
une femme, qui plus est charmante et d'une intelligence remarquable :
Mme Dominique Lecomte. Ce médecin légiste
et anatomo-pathologiste a suivi une formation similaire à celle
des légistes américains, mais après avoir passé
quelque temps avec elle dans son bureau et à la morgue, je me suis
aperçue que le système médico-légal français
diffère du nôtre pour deux raisons. Aux États-Unis,
c'est le médecin légiste, et non un magistrat comme en France,
qui détermine la cause du décès et décide
de ce qui doit être envoyé au labo pour analyse. L'autre
différence, liée à la bonté et à l'humanité
de Mme Lecomte, a été pour moi une découverte particulièrement
émouvante. Dans son service, Mme Lecomte emploie des hôtesses
chargées d'accueillir les proches des personnes décédées.
À la morgue, j'ai toujours été bouleversée
à la vue des familles venues attendre de pouvoir poser leurs questions
ou de rassembler les effets personnels du mort. En Amérique, nous
n'avons pas de prévenance particulière envers les morts,
dans l'univers médico-légal. Les pièces sont nues
et froides. Personne n'est là pour consoler ceux qui souffrent
et supportent cette épreuve triste et brutale. Mme Lecomte a des
chapelles dans son institut. Elle s'assure que l'on s'occupe bien des
vivants tandis qu'ils font face à la disparition de leurs proches
entraînée par une mort soudaine ou violente.
J'ai également eu le privilège de faire la connaissance
d'une autre femme extraordinaire, Mme Monteil, commissaire divisionnaire.
Je l'ai rencontrée dans son bureau, à Paris, où nous
avons eu une discussion passionnée sur la méthode typiquement
américaine dite du « profilage » des assassins,
technique employée par le FBI et connue dans le monde entier grâce
au film Le Silence des agneaux. Mme Monteil m'a posée beaucoup
de questions sur le profilage, et l'une de ses remarques m'a particulièrement
frappée. Le profilage est peu connu en Europe, me confia-t-elle,
parce que les tueurs en série ne constituent pas ici un phénomène
aussi important qu'aux États-Unis. Ceci tend malheureusement à
changer, mais cette réflexion me rappela une fois de plus à
la triste réalité : citoyenne américaine, je vis
bien dans la démocratie la plus violente au monde. Non seulement
les Français s'y prennent mieux que nous avec les morts, mais je
les soupçonne également de savoir mieux s'y prendre avec
les vivants, car la violence ne semble pas occuper une place aussi grande
dans leur société que dans la nôtre.
Pendant la rédaction de Cadavre X, je
revins régulièrement en France pour mes
recherches. Je fis le voyage à cinq reprises. Chaque
fois, je croyais en avoir terminé, mais un autre
problème surgissait. Par exemple, lorsque Scarpetta
découvre des algues microscopiques appelées
diatomées dans les poumons et sur les vêtements
de la première victime, elle se lance dans une
complexe enquête médico-légale qui la
conduit à Paris. Pour trouver la réponse
à une question cruciale, il lui faut prélever
un échantillon d'eau de la Seine et le faire examiner
à Richmond, en Virginie. Bien entendu, afin
d'écrire cette scène, je devais d'abord en
faire moi-même l'expérience. Un
échantillon d'eau de la Seine fut
prélevé pour moi sur les bords de l'île
Saint Louis et envoyé en Virginie.
L'échantillon fut ensuite analysé par des
scientifiques, et le plus amusant, dont je n'ai
d'ailleurs pas fait mention dans le roman, est que cette eau
nous posa alors une énigme encore irrésolue
aujourd'hui. Un objet de couleur rouge et de forme
très curieuse s'était soudain
matérialisé sous la lunette du microscope.
L'expert n'avait aucune idée de ce dont il
s'agissait, mais conclut que ce n'était en tout cas
pas de nature organique. L'hypothèse actuelle est
qu'il doit s'agir d'un morceau de verre coloré.
J'ai toujours adoré la France, pour les mêmes raisons évidentes
que la plupart des gens. La merveilleuse cuisine. Les vins, bien sûr,
l'art, cette langue insaisissable. Mais avec le temps, et au cours de
mes voyages, j'ai appris à connaître d'autres facettes de
la société française qui m'ont profondément
marquée. Certaines des femmes les plus brillantes et les plus professionnelles
que j'ai rencontrées sont françaises. J'ai été
frappée par le soin et la gentillesse qu'elles apportent à
leurs difficiles juridictions, et j'ai rêvé de pouvoir trouver
la même chose aux États-Unis. Les lecteurs, lors de mes séances
de signature, se sont toujours montrés adorables, polis, même
timides, et le personnel se met systématiquement en quatre pour
me réserver le meilleur accueil. Je quitte généralement
la librairie les bras chargés de champagne et de fleurs. J'en suis
extrêmement touchée. Et je me sens flattée, aussi,
qu'un pays d'une grande culture tel que la France apprécie mes
romans.
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« Pendant
la rédaction de Cadavre X, je revins régulièrement
en France pour mes recherches. Je fis le voyage à cinq reprises.
Chaque fois, je croyais en avoir terminé, mais un autre problème
surgissait »
Patricia Cornwell
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